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Un art humain, trop souvent délaissé de nos jours

18 août 2016

Notre quotidien semble irrémédiablement contaminée par une pression que nous ne dominons point. Pas de temps à perdre. On veut à tout prix atteindre nos objectifs et tant qu’à faire le plus rapidement possible.

Les étapes nous épuisent, les questions nous retardent, les sentiments semblent une pure perte de temps. Il faut à tout prix miser sur les résultats, rien que les résultats. À cause de cela, le rythme de nos activités devient impitoyable et contre nature.

Chaque projet que l’on nous offre est de plus en plus absorbant. Une seule ambition : celle de tout dépasser. Les horaires nous écrasent et imposent la plupart du temps le retrait de la sphère privée.

Et même ici il faut toujours rester joignable et disponible à tout moment. Nous vivons maintenant dans un open space exempt de murs et de limites, où les jours se succèdent, tous égaux, sans rituels transformateurs et stables, dans une vraie hantise contrôlée par les minutes et les secondes. Nous nous trouvons de plus en plus à bout de souffle, avalés par des programmes et des voyages successifs qui nous font sentir que nous nous réveillons chaque jour toujours trop tard.

Il faut, cependant, bien réfléchir. Se recentrer par le rythme juste. Penser à ce que nous avons perdu, à tout ce qui reste irrémédiablement perdu – submergé ou en cachette – derrière nos pas accélérés, à tout ce que nous ne pourrons jamais comprendre lorsque l’accélération nous conditionne. À juste titre, dans un texte magnifique intitulé « La lenteur », Milan Kundera écrit : « Lorsque les choses se passent trop vite, on ne peut être sûr de rien, de nulle chose, et encore moins de soi-même. »

Et il explique, ensuite, que le degré de lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire, tandis que le degré de vitesse est directement proportionnel à l’oubli.

Cela signifie que même la sensation de tout maîtriser et de tout comprendre, même le sentiment excitant de la toute-puissance que la hâte nous donne, sont fictifs et mensongers. La hâte nous condamne à l’oubli.

Nous côtoyons les choses sans les habiter vraiment, nous parlons aux autres sans les écouter, nous accumulons des informations sans avoir nullement le temps de les approfondir. Tout se précipite dans un galop bruyant, véhément et éphémère. En effet, la rapidité de notre vie nous empêche de vivre. De bien vivre.

Une seule alternative : protéger et reconstruire notre relation avec le temps. Par petites étapes. Mais cela ne se produira jamais sans un ralentissement interne. Justement parce que la pression devient chaque fois plus grande, il nous faut une lenteur qui nous protégera de la précipitation mécanique, des gestes compulsifs et aveugles, des mots répétés et semés de banalité. Justement parce que nous devons nous multiplier, nous avons besoin de réapprendre l’ici et le maintenant de la présence.

Bien que la lenteur ait perdu son statut dans nos sociétés modernes et occidentales, elle reste toujours un antidote à l’écrasement et à l’effacement produit par le stress, la rapidité et l’accumulation de démarches. Seule la lenteur peut permettre la fuite salutaire hors la grille du système ; elle seule ose dépasser la dictature du fonctionnel et de l’utilitaire.

Choisissons de vivre le plus souvent en silence. Lentement. Faisons attention aux petits détails, à la minutie fascinante, à chaque geste qui compte, à chaque parole proférée, à chaque être que l’on rencontre, à l’intimité qui jaillit de la vraie lumière.

Ce texte que je trouve particulièrement inspirant a été écrit par le théologue Portugais José Tolentino Mendonça.

A lire et à relire…

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